Les genres nous déterminent-ils ?

Un film poignant a été à l’affiche il y a quelques mois dans les salles de cinéma : « Girl ». Il m’a servi de base à cette réflexion qui me travaille depuis un bout de temps. Je vais bientôt avoir 15 ans, et je suis une fille. Ça parait une évidence – ça fait plus ou moins partie des données fixes, administratives de tout un chacun : mon âge – 15 ans, mon sexe (féminin), mon prénom (Petra), mon adresse, ma nationalité, mon état civil, etc. C’est moi. C’est ce qui me définit. C’est du genre indiscutable. Mais l’est-ce vraiment ? Peut-on être une fille dans un corps de garçon, ou un garçon coincé dans un corps de fille ? Les genres doivent-ils vraiment être des invariables ? Un nom, on peut bien le changer ; l’état civil aussi, la nationalité également. D’ailleurs, j’ai moi-même une double nationalité – j’ai deux cartes d’identité. Aucune des deux ne mentionne l’autre nationalité. Je suis une personne différente en fonction du document administratif que je présente. Je change même de voix en fonction de la langue que je parle. Mais le sexe alors, pourquoi serait-il la seule constante ?

« Girl » est un film qui raconte l’histoire de Lara qui est en fait née dans un corps de garçon. Au cours du film, on découvre le combat de Lara et tous les problèmes qui rendent son combat encore plus difficile et dur à réaliser. Victor dans le film n’existe pas. Il n’y a que Lara qui existe. Victor a disparu, si toutefois il a un jour existé. Il a sans doute toujours été Lara. Lara cachée dans un corps de garçon, cachée sous un nom de garçon. Victor. Victor n’est plus ou n’est tout simplement pas. Mais Lara n’est pas encore, même si elle a toujours été là. Entre ne plus être quelque chose et ne pas l’être encore, au final on n’est plus rien.

Lara n’est ni fille ni garçon. Elle n’est plus rien tant qu’elle ne se débarrasse pas de ce corps de garçon qui retient prisonnière la ballerine qui est en elle.

La distinction des genres

Le principal dilemme de Lara est la distinction des genres, la difficulté de s’adapter aux idéalisations.  Notre genre détermine leur avenir. On aime bien se dire qu’on est une société évoluée et que les femmes et les hommes sont égaux. Mais est-ce vraiment le cas ? Les stéréotypes dominent toujours notre quotidien. Les petites filles aiment le rose, les petits garçons aiment les voitures, les mamans « ça » prépare les repas, les papas « ça » travaille tard le soir pour ramener beaucoup d’argent. Les filles aiment la littérature. Les garçons aiment les maths. C’est du n’importe quoi. Je ne veux pas être princesse. Je déteste le rose par ailleurs. Le jeu préféré de mon petit frère était de faire la cuisine et de coiffer mes Barbies. Les garçons et les filles, on les élève toujours pour être garçons ou filles. Mais on oublie au passage d’en faire des êtres humains tout simplement. Des garçons ballerines ou des filles pilotes, des papas qui cuisinent et des mamans qui ramènent l’argent à la maison.

Une société sans stigmatisation des genres est-elle possible ?

Dans une société sans stigmatisation du genre, Lara n’aurait pas souffert. Dans une société comme celle-là, elle n’aurait pas souffert d’un regard social méprisant sa démarche. Car ce qui nous détermine, ce n’est pas une enveloppe corporelle. Mais c’est ce « moi », cet « être humain » qu’on a au fond de soi, cette identité intérieure que l’on doit encore découvrir. Quand la société deviendra-t-elle vraiment tolérante à ce sujet ? Dans un futur proche, l’image qu’on projette de soi ne sera sans doute plus celle qu’on a, mais plutôt celle qu’on créée soi-même. La digitalisation nous propose des avatars – mon profil sur Instagram, c’est mon « moi » parfait. Je peux même m’en faire un ou je serais un garçon et ou je m’appellerais Pierre. Les corps deviendront améliorés – une vue « augmentée » ou des organes « retouchés » pour être plus performants. Ce sera peut-être la fin de l’homme tel qu’on le connait – l’avènement d’un super-individu. Mais ce super-individu ne sera ni fille, ni garçon. Est-ce qu’on peut en conclure que pour se débarrasser des genres, il faut d’abord se débarrasser de notre humanité ? Car le mal réside dans la petitesse de nos points de vue.

Bonne chance, Lara. Ton combat ne fait que commencer !

Petra B. / S5FR / EEB1 Uccle

Illustrations : rtbf.de et pixabay.com

2 pensées sur “Les genres nous déterminent-ils ?

  • 21 février 2019 à 22 h 56 min
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    Je suis très impressionné par ton article et la justesse de tes propos. Il s agit d une très bonne analyse.

    Félicitations Petra.

    Amicalement.
    Emmanuel.

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  • 21 février 2019 à 23 h 29 min
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    Wow, j’adore cet article Petra!!

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