« Frères ennemis » : une pièce pour nous réconcilier avec le théâtre

Polynice et Étéocle, deux frères qui se haïssent: le premier revendique son droit au trône et le second veut conserver le pouvoir, soutenu par son oncle, Créon, qui conspire dans l’ombre dans le but de régner sur Thèbes. Pour éviter que les deux frères ne commettent l’irréparable, Jocaste, leur mère, et Antigone, leur sœur, réussissent à convaincre les belligérants de faire une trêve et de se rencontrer à l’occasion d’un dîner de famille. Sera-t-il possible de trouver un accord et  de rétablir la paix ?

« Frères ennemis » ou « la Thébaïde », est la première tragédie de Jean Racine (qu’il a écrite à vingt-quatre ans) et fut jouée en 1664 à Paris par la troupe de Molière. Presque quatre cents ans plus tard, Cédric Dorier, un metteur en scène suisse, décide de la mettre au goût du jour. Après avoir connu un franc succès dans son pays, la pièce, jouée par la compagnie « Les Célébrants », est reprise en Belgique, aux Martyrs, par la troupe du « Théâtre de la liberté ».

Commençons par un grand bravo aux acteurs, qui ont su réciter avec naturel et brio un texte qui n’est pas réputé pour sa facilité : il est bien dit, de façon fluide et compréhensible, sans pour autant casser le rythme des alexandrins. Il convient de mettre en avant aussi la qualité du jeu d’acteur des deux frères : Étéocle (Cédric Cerbara) et Polynice (Romain Mathelart). L’intensité des regards qu’ils échangent et la haine manifeste qu’ils éprouvent l’un pour l’autre nous donnent l’impression que cette pièce est une véritable bombe à retardement : ils contiennent leurs émotions mais ces dernières vont inévitablement sortir et créer une explosion. L’unique bémol de cette représentation est la prestation de Jocaste, incarnée par Hélène Theunissen : la voix ne porte pas et la comédienne se plie en deux lorsqu’elle crie. C’est regrettable car cela crée une dissonance, notamment lorsqu’elle parle avec Créon (Stéphane Ledune), qui a une voix beaucoup plus profonde et puissante.

Une mise en scène atypique

C’est une guerre qui nous est racontée dans cette pièce, et Cédric Dorier a fait le choix de le montrer explicitement à travers les costumes (les deux frères revêtent un uniforme militaire américain : bottes, treillis, veste kaki, outre les cheveux coupés courts) mais également le décor, qui représente un Quartier Général militaire avec des parois couleur sable et un confort plutôt sommaire : deux tabourets, une table, un ordinateur, un ventilateur poussiéreux, des cartons disséminés un peu partout et un petit réfrigérateur. Avec les tapis exotiques qui recouvrent le sol, ces éléments nous rappellent le Proche-Orient. Les lumières sont également utilisées pertinemment : le metteur en scène joue sur le clair/obscur en installant des projecteurs qui illuminent les comédiens par les côtés. Il illumine la scène dans sa totalité lors des passages clés. Enfin, il faut féliciter encore Cédric Dorier pour le choix de la musique et son utilisation : lorsque Étéocle et Polynice se rencontrent, la régie lance une musique inquiétante qui intensifie la tension déjà palpable entre les deux frères. Ce procédé n’est pas sans rappeler les scènes de duel dans les westerns, où l’on se demande qui dégainera en premier. Ce duel finit sur une excellente chorégraphie de combat entre les deux frères, que l’on peut qualifier d’épique.

Une mise au goût du jour plus que réussie et qui répond amplement aux attentes du spectateur en proposant de bons comédiens ainsi qu’une excellente mise en scène.

Valère L. / S6FR / Uccle Bruxelles 1

Illustrations : wikimedia.org / lescelebrants.ch

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