Dans les coulisses du Munuccle : une société miniature en préparation
Depuis 2018, le Munuccle est organisé par l’École européenne de Bruxelles I à Uccle. Ce projet, lancé par trois professeurs et douze élèves passionnés, a grandi au fil des années pour rassembler aujourd’hui des centaines de jeunes venus de nombreux pays. Chaque édition nous plonge dans des débats d’actualité mondiale, et cette année, la question qui guide cette modélisation est : « Face à la multiplication des crises, vers une nouvelle gouvernance mondiale ? »
Cette année, nous retrouvons 360 participants, 18 écoles européennes représentées, 8 comités (dont six forums citoyens, une Cour internationale de justice et un comité d’experts sur la sécurité mondiale) et, bien sûr, notre pôle média avec 23 journalistes chargés de couvrir l’événement.
Mais ce qui change vraiment cette année, c’est la manière de participer. Au lieu de représenter un pays, la grande majorité des élèves qui participent incarne désormais un citoyen, avec une histoire, un métier et un point de vue unique. Cela transforme complétement la préparation. Il ne s’agit plus seulement de défendre une position diplomatique, mais de se mettre dans la peau d’une personne réelle, qui se retrouve confrontée à des enjeux concrets.
C’est cette préparation un peu différente, parfois plus exigeante mais aussi plus proche de la réalité, que nous avons voulu explorer en interrogeant des délégués et des présidents de comité.
La vision des délégués sur la préparation du MUNUCCLE 2025
Les délégués fournissent un travail acharne depuis maintenant plusieurs années pour cette modélisation, les recherches minutieuses, l’apprentissage en continu et la détermination d’aller plus loin. Mais cette année le scénario change complètement avec une représentation au niveau du citoyen, plus personnelle et concise que celle d’un pays. Nos délégués ont donc dû s’adapter.
« Maintenant il y a des forums citoyens, et non plus des pays » comme le dit Daniel Török, qui lui-même représente l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) au Conseil des experts, une autre innovation. Pour un TPG (lorsque l’on incarne un pays comme les années précédentes) les recherches sont plus simples tandis que pour la FPP (Fiche de présentation personnelle), les recherches se montrent plus délicates. « Dans le FPP c’est toi qui dois te mettre à la place de la personne que tu incarnes ». « Il y a moins de formalités… à découvrir » Boyana Demirdjieva, une travailleuse sociale luttant contre les violences sexuelles d’Afrique du Sud. « Nous représentons des institutions, et je trouve que c’est plus compliqué, car on sait beaucoup plus de choses sur un pays, même sans faire de recherches, et les infos sont plus globales lors de ces recherches » remarque Daniel Török. Nous en savons bien plus sur un pays que sur un citoyen et les informations dans tous les cas sont plus accessibles. « On peut parler pour soi et avoir des opinions plus précises » dit Tissa Péricaud, dirigeante d’une start up écologique. Ce nouveau point de vue permet un environnement plus décontracté et des dynamiques de débats différentes.
Le travail semble donc une tâche bien plus méticuleuse, alors comment s’y préparer ?

Pour cela, nos délégués nous permettent de regarder derrière le rideau et les suivre tout au long de leur préparation. « J’ai fait une mind map du rapport pour bien structurer, je me suis beaucoup basé sur les statistiques qui ont été faites dans les recherches d’organisations et je vais essayer d’avoir des idées concrètes de clauses qui pourraient m’avantager » nous explique Boyana Demirdjieva. « J’ai regardé le compte Instagram de cette institution et je me suis documenté sur leurs actions et orientations politiques » ajoute Daniel Török. « J’ai obtenu des renseignements sur les conditions de travail de personnes dans la même situation que mon rôle, lu les FPP des autres personnes de mon comité pour remarquer d’éventuelles alliances » complète finalement Tissa Péricaud.
On comprend donc que, cette année, il faut adopter une vision bien plus localisée et subtile. Y a-t-il des aspects qui ne diffèrent pas des précédentes modélisations, comme de possibles partenariats, amitiés, rivalités, concurrence, attaques subies ou provoquées ? En réalité, encore davantage qu’au sein d’organisations internationales où, il est vrai, les délégué.e.s sont censés défendre les intérêts de leur pays tout en recherchant un accord profitable à tou.te.s, ici les citoyens arrivent certes avec un point de vue particulier, mais ils/elles le confrontent à ceux des autres pour se mettre d’accord sur ce qu’il convient le mieux de faire et ainsi atteindre le consensus.
Nos délégué.e.s s’attendent à aborder de nombreux thèmes et sujets, tels que les inégalités dans le monde du travail, la gestion de l’intelligence artificielle, la question de la rémunération des femmes, les inégalités économiques, ainsi que des enjeux liés à la paix et à la sécurité internationale, parmi bien d’autres encore. Cela montre que le Munuccle est un événement très diversifié, riche en thématiques, inclusif et tourné vers la recherche de cohésion entre les Nations unies.
Conseils des délégué.e.s
« Il faut faire le plus de recherches possibles à l’avance et ne pas trop stresser car c’est un moment pour s’amuser » (Daniel Török). « Essayez d’avoir des idées concrètes de clauses, et comprendre le fonctionnement avant d’y aller » (Boyana Demirdjieva). « Je conseillerais de lire les FPP des autres, pour déjà avoir une idée de qui ils sont, apprendre un peu les motions, amendements etc. pour les avoir en tête lors de la modélisation et pas être complètement perdu » (Tissa Péricaud). Le plus important, là où tous les avis convergent : il faut être prêt.
Ne surtout pas laisser de points aveugles dans vos recherches et être en avance par rapport aux autres ; il vaut mieux en savoir trop que pas assez, ne pas sous-estimer cette modélisation pour finalement pouvoir profiter au maximum de cette expérience inédite. Apprendre les termes d’une modélisation et faire de votre mieux pour être dans son élément le jour J ne peut que faire du bien, mais surtout, le plus important, amusez-vous !
L’expérience de la modélisation
« Le Munuccle me permet de comprendre les enjeux mondiaux et permet de se mettre dans la peau des gens qui prennent des décisions. Critiquer c’est simple, mais on comprend qu’organiser et coopérer c’est beaucoup plus compliqué » (Boyana Demirdjieva).
« Je fais non seulement des recherches sur mon institution, mais je lis également les rapports de mes camarades, ouvrant mes connaissances à de nouveaux horizons » (Daniel Török).
« Grâce à la modélisation on se renseigne sur des problématiques mondiales sans laquelle on n’aurait pas forcément pris l’initiative de rechercher ». (Tissa Péricaud).
Finalement, le Munuccle n’est pas qu’une aventure à court terme mais une expertise, un savoir faire que l’on porte avec nous tout au long d’une vie, cela permet d’ouvrir les yeux, de découvrir le monde et de se rendre compte de la complexité de notre vie/société, qui en fait bien plus que « des personne importantes faisant des choses importantes ».

La vision des présidents sur la préparation du MUNUCCLE 2025
Les présidents des comités jouent un rôle central dans le bon déroulement du MUNUCCLE : encadrer les débats, aider les délégués à se préparer, en s’assurant qu’ils utilisent le bon vocabulaire… et maintenir un cadre constructif. Cette année, avec le passage de la représentation d’un pays à celle d’un citoyen, ils ont tous dû s’adapter.
Nicole Vasiliu-Bolnavu, présidente du Forum citoyen sur l’égalité de genre, insiste sur l’importance d’accompagner les délégués dans leur préparation : « Une de nos grandes responsabilités est de vérifier les FPP (fiches de présentation personnelle). Beaucoup ont dû être corrigées ou réécrites, et il faut aussi former les délégué.e.s pour qu’ils/elles soient à l’aise dans les débats ». Elle remarque que ce nouveau format rend l’exercice plus créatif : « Ils ont eu le choix de s’inventer un peu une vie, de décider s’ils avaient des enfants ou pas. Je trouve que c’est cet aspect qui est le plus intéressant du point de vue créatif. J’ai l’impression qu’il y a un peu moins de formalités, dans le sens où ils n’ont pas besoin d’utiliser le pronom « nous » et peuvent parler à la première personne, ce qui est une première dans l’histoire du MUNUCCLE. »
Benedek Török, président du Forum citoyen sur le travail, souligne l’intérêt du nouveau format de modélisation. Contrairement aux années précédentes, où les élèves représentaient des pays avec des positions souvent prévisibles, cette fois-ci ils incarnent des citoyens. Selon lui, cette approche enrichit la réflexion des délégué.e.s : le rôle ne définit plus l’opinion d’un pays, mais celle d’une personne. Les participants doivent donc effectuer des recherches plus poussées et parfois même interviewer des personnes pour se mettre réellement à la place de leur citoyen. « Dans les modélisations classiques, il y a toujours une division Nord-Sud, Est-Ouest, pays développés et sous-développés. Les débats restent souvent les mêmes, avec les mêmes propositions et les mêmes formats. Cette année, représenter des citoyens permet aux élèves d’avoir une réflexion plus précise et plus personnelle », explique-t-il.
Enfin, Marin Bruneval, juge à la Cour internationale de justice (CIJ), souligne le sérieux que demande son rôle et la neutralité. Avec ses collègues, il doit rendre un jugement sur des situations complexes : « On ne peut pas se permettre de faire d’erreurs. Nous passons beaucoup de temps à vérifier le travail des avocats et à corriger leurs dossiers. » Même si la CIJ n’est pas directement impactée par le passage des pays aux citoyens, Marin estime que ce nouveau format rapproche les élèves de leur rôle : « J’étais dubitatif au début, mais je trouve que cela permet aux délégués de mieux s’identifier et d’entrer plus profondément dans leur personnage ».
Dans l’ensemble, les présidents voient donc cette édition 2025 comme un nouveau départ enrichissant, qui ouvre les débats à plus de créativité et de réalisme.
Les conseils des présidents aux délégués
Tous insistent sur un point essentiel : oser participer.
Benedek encourage les délégués à prendre la parole, même de façon modeste : « Notez ce que disent les autres et réagissez. Même sans un argument énorme, il faut intervenir, c’est comme ça qu’on progresse. » Nicole donne un conseil : « Essayez de prendre la parole au moins dans les 20 premières minutes pour vous mettre directement en confiance pour la suite du débat » Elle rappelle aussi l’importance de bien maîtriser le livret du délégué, qui explique le vocabulaire et le déroulement des débats, que l’on retrouve facilement sur le site du Munuccle. Marin, de son côté, insiste sur la préparation en amont : « Plus tu connais ton sujet, plus tu peux réagir du tac au tac et ne pas devoir faire des recherches entre chaque intervention. » Leurs conseils se rejoignent donc : préparer ses dossiers avec sérieux, entrer pleinement dans la peau de son citoyen, et surtout ne pas avoir peur de prendre la parole.
En résumé, le MUNUCCLE 2025 marque une évolution majeure dans la manière de participer à une modélisation des Nations unies, en passant de la représentation de pays à celle de citoyens. Ce nouveau format demande aux délégués de se mettre dans la peau de personnes réelles, avec des expériences et des opinions propres, rendant les recherches plus fines et personnelles. Cette approche favorise des débats plus créatifs et moins formels, tout en exigeant rigueur et préparation minutieuse. Les participants doivent anticiper les alliances, les rivalités et proposer des solutions concrètes, tout en apprenant à utiliser le vocabulaire et les outils du MUN. Les présidents soulignent l’importance de guider les délégués dans cette transition et d’encourager la participation active. Les témoignages montrent que cette expérience permet de mieux comprendre les enjeux mondiaux et de développer des compétences en communication, réflexion et coopération. Enfin, le MUNUCCLE apparaît comme une opportunité unique d’allier apprentissage, immersion et plaisir, tout en préparant les jeunes à devenir des citoyens conscients et engagés dans un monde complexe.
Elena Aldana Savelli – S7FRA et Elissa Strouzas Santi – S7FRE – EEB1 / L’oeil du Munuccle

