Invitée spéciale pour l’ouverture du MUNUCCLE 2025

This article is written according to the point of view of The New York Times – an American liberal newspaper. Cet article a été rédigé selon le point de vue du New York Times.
Une réflexion sur la démocratie participative au cœur du Parlement de Bruxelles
Ce mercredi 8 octobre 2025, dans l’hémicycle du Parlement de Bruxelles, les derniers ajustements se terminent. Des badges, des carnets de notes, des conversations à voix basse : l’énergie du début est bien là. Dans quelques minutes, la huitième édition du Munuccle s’ouvrira officiellement.
Cette année encore, plus de 350 élèves venus de 18 écoles se retrouvent pour débattre de sujets essentiels tels que le climat, l’égalité, le travail, les migrations… avec une même ambition : imaginer de nouvelles formes de gouvernance mondiale à l’heure où les crises s’enchaînent.

Bienvenue au Munuccle 2025
Avant que les discussions ne commencent, Monsieur David Tran, directeur de l’École européenne de Bruxelles I, prend la parole dans une vidéo pré-enregistrée. D’un ton calme et enthousiaste, il salue la diversité du public présent, soulignant à quel point il est devenu nécessaire de donner la parole aux citoyens eux-mêmes. Pour lui, le Munuccle dépasse le cadre d’un simple exercice académique : c’est une expérience démocratique, un apprentissage concret du dialogue et de la coopération. Il encourage les jeunes à faire preuve d’écoute, d’ouverture et d’engagement, rappelant que ces débats constituent une véritable formation à la citoyenneté active.
Ensuite, c’est au tour de Madame Lauren Mouden, proviseure du Lycée français Jean Monet de Bruxelles, de déclarer : « Après huit éditions, le Munuccle s’est réellement enraciné. Chaque année reste une aventure, mais cette édition marque un tournant ». Elle évoque notamment les changements introduits cette année afin d’assurer une représentation plus fidèle et plus inclusive : des voix longtemps absentes des débats internationaux trouvent enfin leur place, celles des citoyens, réunis au sein de forums citoyens en lieu et place des organisations internationales traditionnelles. « Notre objectif reste le même, celui de former des citoyens du monde, curieux et capables de dialoguer au-delà des frontières », ajoute-t-elle, avant de conclure en souhaitant à tous « une expérience humaine unique et inoubliable, qui nous permettra de nous tourner vers l’avenir ».
Dans l’assemblée, une forme d’impatience flotte dans l’air, celle d’un engagement collectif vers une démocratie plus vivante, y compris à l’échelle internationale.
Redonner voix aux citoyens
C’est dans ce contexte que Camille Dobler, responsable de la recherche chez Missions Publiques, une agence spécialisée en participation citoyenne, prend la parole en tant qu’invitée d’honneur. Sa présence marque le lancement officiel du Munuccle 2025. Dès les premières minutes, son discours séduit par sa simplicité.
« Mon travail, c’est de construire la scène pour que les gens puissent monter et s’exprimer », dit-elle. Une phrase brève, mais qui condense l’esprit de cette nouvelle édition : redonner la parole aux citoyens et réapprendre à débattre ensemble. Camille Dobler invite les jeunes délégués à s’exprimer à la première personne, à faire entendre leur expérience, leurs émotions, leur vision. « C’est à travers ce « je » que la parole devient légitime », explique-t-elle. Pour elle, la démocratie ne se limite pas au vote : elle se nourrit de notre subjectivité, de notre parole, de l’écoute et du respect mutuel.
Réapprendre à délibérer

La notion de délibération est au cœur de son intervention. Elle décrit cela comme un pilier central mais oublié de nos sociétés. Il serait peut-être temps d’imaginer un nouveau secteur démocratique où la délibération deviendrait une quatrième branche du pouvoir, aux côtés du législatif, de l’exécutif et du judiciaire. Cette idée s’appuie sur des expériences concrètes et réussies, telles que le World Wide Views on Climate and Energy (2015), qui a permis à 10 000 citoyens de débattre le même jour sur le même sujet dans 76 pays ; We the Internet (2020), avec 20 000 participants de 120 pays qui ont réfléchit à l’avenir du numérique ; La Conférence sur l’avenir de l’Europe (2021), une initiative de la Commission et du Parlement européens qui a permis d’intégrer la démocratie délibérative à l’élaboration des politiques de l’Union ; et la Global Assembly (2021), une assemblée citoyenne réunie à l’initiative des Nations unies pour soumettre des propositions à la COP26, et dont la prochaine édition se tiendra au Brésil dans le cadre de la COP30. Ces initiatives prouvent que la démocratie participative peut s’étendre du local au global et répondre aux défis contemporains : crise climatique, fractures sociales, défiance politique.
L’empathie comme un muscle démocratique
Mais la question reste : faut-il commencer à utiliser de nouvelles méthodes démocratiques ? Nous oublions trop souvent une compétence importante lors de débats où les opinions s’expriment : l’empathie. Savoir écouter, comprendre les désaccords, laisser de la place à ceux qui parlent moins… tout ça, ce sont des gestes simples qui permettent tout de même de renforcer la qualité du dialogue et de redonner sens au collectif. Ainsi, la démocratie ne se limiterait pas aux institutions. Elle vivrait à partir du quotidien des citoyens, dans la façon dont nous débattons, doutons et cherchons à comprendre les autres.

Entre expertise et savoir citoyen
L’une des tensions majeures évoquées est celle entre l’expertise scientifique et le savoir citoyen. Face à la défiance envers les institutions, il est important de rappeler que la légitimité démocratique repose sur la rencontre de ces deux formes de connaissance : la rigueur des faits et la richesse des expériences vécues.
Pour Camille Dobler, apprendre à confronter ces savoirs sans les opposer, c’est déjà une manière de réinventer la politique.
Vers une démocratie plus vivante
Pour terminer son discours, la chercheuse invite les participants de cette nouvelle édition du Munuccle à rester curieux, ouverts et bienveillants. Elle les encourage à accepter les désaccords comme un point de vue essentiel dans un débat démocratique, à oser changer d’avis et à trouver du plaisir dans la confrontation des diverses idées. Son intervention a laissé une impression forte, celle d’une démocratie qui ne se réduit pas à des institutions, mais qui se construit par les citoyens eux-mêmes, à travers leur capacité à dialoguer, à écouter et à s’engager.
Quand les applaudissements ont résonné dans l’hémicycle du Parlement, une chose semblaient claire : le Munuccle n’est pas seulement une simulation. C’est une expérience humaine, un laboratoire d’idées et d’espoirs pour une génération qui refuse de rester spectatrice.
Elissa STROUZAS SANTI, S7 FRE, École européenne de Bruxelles 1

