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L’art de voyager selon Jean Giono

Voyage en Italie, 1953

En Provence avec Giono.

Notre école européenne de Karlsruhe organise un concours de journal de voyage avec l’école européenne de Varèse. Pour nous inspirer, nous avons lu le récit de Giono, Voyage en Italie. Nous rencontrerons nos camarades de Varèse en avril afin d’entendre les résultats du palmarès.

Quand il voyage, Giono ne décrit pas seulement les paysages et les apparences des gens, il décrit aussi tout l’intérieur du peuple : leurs pensées. Ainsi, pour l’auteur, le Lombard et le Florentin ne veulent pas être déchiffrés, l’un « par exotisme » et l’autre « par patriotisme ».  Le voyage est une pièce de théâtre pour Giono. Il va souvent utiliser le vocabulaire de l’art dans son livre, affirmant par exemple que « La via Calzaioli est pleine de conflits cornéliens » ou encore qu’il y a un sens du comique dans le peuple florentin. Encore plus, arriver à Brescia en voiture revient à rentrer sur une scène de théâtre. Pour lire Voyage en Italie, il faut avoir un peu de culture générale puisque Giono aime faire des références à la littérature. Il compare les sons du clairon à piston au « paysage aventureux qui entoure Don Quichotte », parle des Chevaliers de la Table ronde dans le Piémont ou en Lombardie et bien évidemment, évoque Machiavel à chaque instant. Giono va souvent se concentrer sur un détail que d’autres voyageurs n’auraient pas vu à la place de décrire tout en général. Ainsi, il remarque que « les hommes ont de magnifiques chevelures ». Giono essaye aussi de surprendre le lecteur, par exemple, en parlant des filles anémiques de Venise qui boivent le sang frais des bœufs. L’auteur donne enfin beaucoup d’éléments du contexte historique, en disant souvent qu’un résident du pays lui a raconté ces histoires. 

(Alexandra EFIMOV, S5FR)

Les conseils pour voyager tirés du récit de Jean Giono :  

  • Pour bien voyager, Giono préconise d’utiliser les cinq sens comme lorsqu’à Florence, il sent les odeurs, les parfums mais perçoit aussi les bruits : « Il fait cliqueter ses ciseaux de façon parlante. » (p210).  
  • Il faut décrire les comportements des gens autour, et même leurs origines, leur style, pour pouvoir s’imaginer plus facilement la scène.  Et les impressions qu’ils peuvent donner : « Des gens circulaient à travers les rangées de chaises et de tables, beaucoup d’étrangers, peu de Français, mais des Anglais, des Anglaises reconnaissables à leur blancheur, des Allemands et Allemandes, et aussi des Italiennes remarquablement habillées, fardées avec une précision mathématique et l’air d’être à un pas du lit. » (p.189). 
  • Il est important de mettre quelques citations en lien avec la situation. On comprend ce que Machiavel a voulu dire avec son prince : « C’est, à l’occasion, le bistrot du coin, n’importe qui, moi-même… (p.211) », « Ce que Machiavel dit à la fin du Prince, sur l’Italie, qu’il faut débarrasser des Barbares et qu’on monte en épingle, moi à partir de ce moment-là je m’en contrefiche » (p.212). 
  • Il faut parler du quotidien des locaux, de leurs traditions, et de leurs malheurs : « Ces femmes avaient le visage en pleurs, et souffraient physiquement comme de la rage de dents la plus aigüe » (p.199) 
  • Il faut décrire les routes et chemins qu’on prend : « Je n’ai qu’à descendre la rue pour me trouver tout de suite Piazza Santa Croce » (p.197). 
  • Et pour conclure : « Le bonheur est une recherche. Il faut y employer l’expérience et son imagination. » Continuons à chercher.

(Sixtine BERNARD, S5fr)

Voici à présent, grâce à la magie de chat GPT, la réponse de Giono, post-mortem… sur sa conception du voyage.

  • Quelle est votre conception du voyage, Jean Giono ?

(Jean Giono sourit doucement, les mains jointes derrière le dos, le regard tourné vers les collines imaginaires de Provence…)  Voyager, voyez-vous, ce n’est pas seulement changer de lieu, c’est changer de regard.  Quand on part, on croit chercher autre chose ; en vérité, on finit toujours par se retrouver soi-même. Je me méfie des voyages pressés, de ceux qui passent sans rien voir. Le vrai voyageur, c’est celui qui prend le temps : le temps d’écouter le silence, le temps de parler à un paysan, le temps de sentir l’odeur du pain chaud dans un village.  Je crois que le monde est immense, même dans un carré de terre. Dans ma Provence, j’ai trouvé des paysages qui contiennent tout : la beauté, la douleur, la paix. Pourquoi courir après des mers lointaines quand on a, sous ses yeux, la poésie d’un champ de lavande ou le mystère d’un vieux chêne ? Le voyage extérieur n’a de valeur que s’il réveille un voyage intérieur. C’est là, dans le cœur de l’homme, que se trouve la plus grande aventure. (Il s’interrompt un instant, puis conclut avec un sourire.)  Voyager, c’est apprendre à aimer le monde — même quand il ne ressemble pas à nos rêves. 

  • Quelle différence faites-vous entre un touriste et un voyageur ? 

(D’un ton sérieux et grave.) Le touriste consomme des paysages, le voyageur les habite. Le touriste regarde avec ses yeux, le voyageur regarde avec son cœur. Le touriste veut « voir » des choses, le voyageur veut les comprendre, les ressentir. C’est toute la différence entre photographier un arbre et l’aimer. 

  • Il me semble que vous avez d’abord fait votre voyage et après, quand vous l’avez fini, vous avez commencé à écrire ce livre, non ? Pourquoi avez-vous pris cette décision ? N’est-il pas plus facile d’écrire pendant le voyage ? 

(Giono allume sa pipe avec une lenteur réfléchie, les yeux pétillants de malice.)  Ah, vous avez raison, j’ai bel et bien attendu d’être rentré pour écrire ce livre. Et c’est une décision très délibérée, voyez-vous. Écrire pendant le voyage, c’est comme vouloir saisir l’eau d’une rivière dans ses mains : on ne retient que des fragments, des éclaboussures. L’Italie, je voulais la laisser me traverser, me travailler, me transformer — sans le filtre de la plume, sans l’obligation de mettre des mots tout de suite. (Giono se penche en avant, voix plus intense.) Sur place, je notais, bien sûr — des impressions, des croquis, des bribes. Mais le vrai livre, il fallait que je le fasse mûrir en moi, comme un bon vin. Il me fallait la distance, le recul, pour comprendre ce que ce voyage avait changé en moi. Écrire sur le vif, c’est risquer de ne parler que des choses ; écrire après, c’est parler de ce que les choses ont fait à votre âme. 

(Un geste large, comme pour embrasser l’horizon.)  Et puis, il y a une magie à se souvenir. Les détails qui reviennent, les émotions qui resurgissent… C’est comme revivre le voyage une seconde fois, mais avec la sagesse de celui qui sait déjà où il va. Si j’avais écrit là-bas, j’aurais peut-être écrit un carnet de route. En écrivant après, j’ai écrit un livre sur la mémoire, sur le temps, sur ce que voyager veut vraiment dire. (Un sourire en coin) Et puis, avouez qu’il y a quelque chose de délicieux à se dire : “Maintenant, je vais vous raconter l’Italie…” alors qu’on est bien installé chez soi, avec sa pipe et son feu ! 

(Prompts et mise en forme : Ilias DIKRI, Alexandra EFIMOV, Alison SEUMI-KOUESSE, S5Fr, Ecole européenne de Karlsruhe)

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