Pièce de théâtre « Dimanche » : « Une façon bien à nous de raconter une histoire »

A la suite du spectacle « Dimanche », les trois comédiens ont accepté de venir à l’EEB1 pour pouvoir discuter de leur pièce. La rencontre s’est passé le vendredi 29 novembre, dans la salle polyvalente, avec les classes S4 FRD et S4 FRC. Les trois comédiens étaient Julie, 38 ans, Sandrine, 35 ans et Sicaire, 41 ans. Sandrine et Sicaire se connaissaient avant DIMANCHE. Ils font partie de la société Focus. Sandrine a d’ailleurs fait son école secondaire à l’EEB1. Julie fait partie d’une différente société appelée Chaliwaté. Interview détendue avec les artistes.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire du théâtre ?

Sicaire : Quand j’étais plus jeune, j’étais fan de films, surtout les films muets. Je voulais faire du théâtre, mais sans parler, et je voulais faire rire les spectateurs.

Sandrine : J’ai toujours voulu mimer et faire de la danse.

Julie : J’allais souvent voir des pièces de théâtre avec mes parents quand j’étais plus jeune, j’ai grandi dans un milieu artistique et je n’aimais pas vraiment l’école. Je préférais faire des activités artistiques.

Qui a tourné et comment ont été tournées les vidéos projetées pendant la pièce ?

Les vidéos ont été tournées par Tristan Galand et son équipe. Elles ont été filmées avec des maquettes, en miniature et d’au-dessus. Nous avons fait appel à l’école de cinéma de Bruxelles pour nos petits films. Nous avons construit à l’aide des étudiants, une dizaine de petites maquettes qui nous ont servi de décor. La production des maquettes nous a pris beaucoup de temps et beaucoup d’argent. Le moment où nous voyons le cameraman sous la banquise était un montage. Le cameraman n’est pas passé au travers de la banquise, il y avait un plongeur avec une bâche au-dessus de lui. Nous avons aussi utilisé des écrans verts pour y intégrer des décors et faire croire aux spectateurs que nous sommes allés sur la banquise au pôle nord y faire un reportage.

La pièce comporte aussi beaucoup d’effets spéciaux.

Effectivement, de façon générale, nous avons mis pas mal d’effets spéciaux. Avec Sicaire et Julie, nous avons rencontré plusieurs plasticiens. Selon nos demandes, ils ont commencé à réaliser des modèles de tables et de portemanteaux fondants. Les premiers essais étaient trop mous et peu résistants. Après quelques essais, ils ont décidé, pour la table, de lui donner trois pieds solides et un pied mou. Les comédiens font semblant de s’appuyer dessus, ce qui donne l’illusion au spectateur que la table est dure alors qu’elle ne tient pas depuis le début. C’est pour ça que le public est surpris de voir la table se déformer au moment où tout se met à fondre dans la pièce.

Pour faire tenir l’acteur sur la rampe d’escalier à l’horizontale, nous avons également utilisé des systèmes de poulie accrochées à ses pieds. C’est la raison pour laquelle le montage de cette pièce a eu un coût important : environ 300 000 euros en tout. Nous avons chacun (les trois acteurs) mis de notre côté 30 000 euros dans le budget de la pièce. Nous avons en effet deux fois le même décor (en particulier pour aller en tournée assez loin). Et presque toutes les pièces du décor ont été fabriquée à la main (par exemple : le requin 8000 € et l’ours 10 000 €).

Comment les animaux présents sur scène (ours polaire, flamant rose…) ont-ils été construits et mis en mouvement ?

Julie : Ces animaux ont été construits un à un par des professionnels pour reproduire le plus fidèlement possible leur morphologie et rendre la marionnette réaliste. Ainsi, l’ours polaire a été réalisé en proportions réelles. Le contrôle des marionnettes s’apprend. Il faut observer et comprendre comment l’animal bouge, où sont placés ses os et reproduire sa gestuelle.

Combien de temps a duré la préparation du spectacle ?

3 ans en tout. Une première année où on se réunissait une semaine par mois pour décider de quoi on allait parler, mettre les idées en place avec très peu d’aller-retour entre la scène et la table où on écrivait nos idées. Ensuite, pendant un an, il y a eu l’écriture du scénario, la production du spectacle. Il a fallu trouver des sous donc quelqu’un pour nous financer, trouver des salles pour jouer, des gens pour s’occuper des effets spéciaux, des marionnettes, de la partie cinématographique… Et la troisième année, ça a été des répétitions. On peaufinait le spectacle, on ajoutait des choses en fonction de ce qui allait et de ce qui n’allait pas. Et après il y a les représentations !

Y a-t-il eu des problèmes, des imprévus pendant la représentation du mercredi ?

On a un peu tous les soirs, vous savez ! Des problèmes techniques… Par exemple, vous qui êtes venus mercredi, il devait il y avoir une télévision pour faire la transition entre deux scènes, mais la télé ne fonctionnait pas ce soir-là, donc on a fait sans ! Mais les imprévus, en tant que spectateur, on les remarque rarement !

Pourquoi le titre “Dimanche” ?

Parce que les personnages, en dépit de tout ce qui arrive, continuent leur routine, comme on le ferait un dimanche alors que le monde et leur quotidien est en quelque sorte en train de s’effondrer. Le réchauffement climatique était un sujet qui nous tenait à cœur depuis longtemps. Nous voulions porter sur scène ce décalage qui existe entre notre vie de tous les jours – représentée par la famille qui poursuit son quotidien sur scène, malgré les événements climatiques extrêmes – et l’urgence climatique qui est rapportée par l’équipe de reporters qui parcourt la planète et assiste à toutes ces catastrophes causées par le dérèglement du climat. Dans le quotidien, on vit tous comme si tout allait bien, comme si l’urgence n’existait pas alors que nous sommes déjà dedans. Nous avions envie de montrer notre point de vue sur la question sans l’imposer.

Pourquoi avez-vous décidé de faire une pièce sans parole ?

Nous nous sommes tous les trois orientés vers le théâtre visuel et gestuel. Nous avons tous les trois une préférence pour ce genre de théâtre et deux d’entre nous ont fait une formation de mime.

Sicaire : Sandrine et moi avons été formés comme cela. Nous n’avons pas l’habitude de jouer avec beaucoup de texte. Personnellement, je voulais faire du théâtre, être sur scène mais pas en déclamant des textes. Nous nous sommes rencontrés dans une école de mime à Paris car nous partagions ce désir de jouer avec le corps prioritairement. Quant à Julie, elle est déjà spécialisée dans le théâtre d’objets, ce qui n’implique pas forcément beaucoup de mots non plus.

Sandrine : Nous avons notre façon bien à nous de raconter une histoire en recourant prioritairement à nos corps et en recourant aux effets visuels qui permettent de créer l’illusion, un peu comme au cinéma. C’est la marque de fabrique de notre compagnie. Si on le fait parce que c’est le moyen d’expression qui nous parle et nous amuse le plus, cela présente aussi l’avantage de toucher un public non francophone et de jouer nos pièces aux quatre coins du monde.

Malgré le fait que votre pièce soit muette, il y a néanmoins eu un moment où l’on entend Sandrine parler une langue slave sur scène lorsqu’elle interprète un reporter. Y a-t-il une raison particulière à ce choix ?

Sandrine : la langue que je parle sur scène est le bulgare, la langue de mes grands-parents. Même si je ne le parle pas, le bulgare a une résonance particulière pour moi et en même temps n’est a priori pas compris et parlé par beaucoup de spectateurs, ce qui était bien car notre but était que le seul moment de parole soit incompréhensible. Ce que je raconte dans ce reportage, les spectateurs peuvent l’imaginer, ce n’était pas l’essentiel. Mais ce que je dis a vraiment un sens ! J’ai appris tout mon texte en phonétique.

Propos recueillis par les élèves des classes S4L1FRC et FRD

Photos : E.VG

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