Radicalisation religieuse : une mère face au Djihad

Mercredi 8 mars 2017, Véronique Loute, mère en deuil, s’est rendue à l’École Européenne de Bruxelles 1 afin de faire part de son témoignage.

Véronique Loute a appris il y a seulement quelques mois le décès de son fils, Sammy Djedou. Agé de 27 ans, Sammy a été abattu par un drone américain dans une attaque ciblée à Raqqa, le 4 décembre 2016. Madame Loute ne l’apprendra que quelques jours plus tard, lorsque la Sûreté de l’État l’appelle. Sammy avait gravi les échelons au sein du groupe terroriste État islamique et était devenu une menace pour les États-Unis. Il serait même impliqué dans les derniers préparatifs des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles ; néanmoins, sa mère ne saura jamais exactement à quel niveau.

« Nous ne savions rien. Rien. » 

Durant tout son témoignage, cette mère, qui aujourd’hui lutte avec son groupe de parole « Les parents concernés » contre ce phénomène, n’a cessé d’insister sur le manque d’informations dont elle a bénéficié depuis que son fils l’a quittée en octobre 2012. Sammy ne révélait jamais exactement où il se trouvait et son départ a été impossible à prévoir. Mais ce manque d’informations venait aussi des autorités belges et de la presse qui a mis de nombreux mois à révéler ce problème bien réel. Sammy avait été l’un des premiers des 500 Belges à partir pour le Djihad. À cause de ce déni du phénomène, Véronique Loute n’a jamais songé, une fois son fils disparu, qu’il aurait pu partir combattre en Syrie.

Elle explique que le départ de son fils a été consécutif à un long processus de radicalisation, et ce n’est que des années plus tard qu’elle a pu retrouver des petits détails qui auraient peut-être permis d’anticiper les actions de son fils. À 14 ans, Sammy décide de se convertir à l’islam. Madame Loute est chrétienne mais elle accepte sa décision et la respecte. À la différence du père de Sammy, également chrétien, qui n’a jamais accepté cette conversion. À partir de là, les relations ont été très tendues entre Sammy et son père. Il fréquente des amis musulmans à Laeken, où il vit et montre depuis son plus jeune âge un côté altruiste. Il fait des actions de volontariat toutes les semaines et sert des repas aux sans-abris à Bruxelles ; ce ne sera que beaucoup plus tard que Véronique apprendra que cette activité était encadrée par Jean-Louis Denis, à présent condamné à 5 ans de prison, pour avoir incité ce processus de radicalisation dans de nombreux cas.

Une radicalisation progressive

Lorsqu’il finit son éducation secondaire, Sammy ne sait pas vraiment ce qu’il veut faire et ses plans pour le futur ne se concrétisent pas. Sa mère est ouverte à tout et est prête à payer pour ses études. Il décide d’emménager tout seul dans un appartement à Bruxelles. À partir de ce moment-là, Véronique Loute ne le voyait que quelques fois par semaine et ne savait pas ce qu’il faisait de ses journées. Il s’était mis à apprendre l’arabe et se rendait dans les mosquées de Bruxelles, où elle pense aujourd’hui qu’il était témoin de discours radicalisés. En octobre 2012, il quitte l’Europe. Elle ne le reverra plus jamais… Pendant les premiers mois de son absence, elle le déclare à la police comme disparu et reste en contact avec ses amis du quartier. Sammy finit par donner des nouvelles. Grâce à ses appels téléphoniques, elle pouvait suivre ses mouvements par les indicatifs qu’il utilisait. Un jour, il lui a dit qu’il s’était marié avec une jeune Syrienne âgée de 18 ans. Ils ont eu deux enfants que Véronique essaye à présent de retrouver.

« J’avais peur… » 

Image de propagande de Daesh

Ces années pendant lesquelles Sammy était au combat ont été dominées par la peur et le stress chaque jour, par la pensée qu’il allait peut-être mourir. Tous les mois, la Sûreté de l’État appelait Véronique pour demander s’il y avait des nouvelles. Depuis la mort de son fils, elle n’a plus eu d’appels.

Son fils était changé mais elle gardait en elle, pendant les quatre années de son absence, l’espoir qu’il reviendrait en Belgique auprès de sa famille. Pendant les derniers mois de sa vie, Sammy se trouvait souvent encerclé par des drones. Un jour, il lui a dit : « Maman, je ne peux plus te parler », son téléphone pouvait être intercepté par les drones. Ça a été la dernière fois qu’elle lui a parlé.

« C’est toujours plus tard qu’on se pose des questions… » 

Depuis le départ de Sammy, Véronique n’a cessé de se poser des questions. Comme de nombreux parents, elle ne comprend pas comment ça a pu arriver. Cependant, les actions de son fils restent celles de son fils et elle refuse de prendre une quelconque responsabilité vis-à-vis de ses actions. Elle ne les justifiera jamais. Aujourd’hui, c’est une femme forte qui lutte avec d’autres parents, comme Saliha Ben Ali, pour qu’il n’y ait plus de jeunes qui partent faire le Djihad. « J’espère que plus aucune famille ne connaitra ce que j’ai vécu pendant quatre ans… ».

Clara G. J. – S7ESA – EEB1

2 pensées sur “Radicalisation religieuse : une mère face au Djihad

  • 2 juin 2017 à 0 h 02 min
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    L’article de cette jeune fille est vraiment très bien écrit et vous la féliciterez de ma part pour son sens de l’écriture qui reflète vraiment ce que j’ai vécu ainsi que mes proches. Merci encore et recevez l’expression de mes sentiments les plus sincères.

    Véronique Loute

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    • 2 juin 2017 à 19 h 22 min
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      Merci Madame, nous transmettons bien volontiers votre message à Clara.

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